wzitte et les zot Imprimer
Écrit par Wilhiam Zitte   
Mercredi, 20 Août 2008 09:25

L’exposition– La Résidence Nosy Be- Réunion, à la Villa de La Région,comprend un sous-titre: wzitte et les zot: En plus du résultat de la résidence d’artiste réalisée avec des brodeuses de Nosy Bé  en juillet et octobre 2007, elle rassemble des réalisations en collaboration avec des “techniciens” réunionnais: Raoul Vergoz pour les découpes de médium, Josiane Even pour les les boules de terre cuite et François Orré pour l’animation  informatique.

Collaboration, sous-traitance

L’Alliance Française de Nosy Be, dont le Directeur fait partie du corps des Volontaires de Progrès soutenus par la Région Réunion et l’association Solidarités et Cultures, a initié un programme d’échanges culturels entre les deux îles: musique (Lindigo), contes (Any Grondin etSuli Andoche) et Arts Plastiques (W Zitte)

A Madagascar, les brodeuses perpétuent une tradition de broderies qui donnent une valeur ajoutée esthétique au dénuement et à la simplicité des intérieurs. A Nosy Be, elles font partie des atouts touristiques de l’île. Il est surprenant de voir les femmes s’activer à leur ouvrage partout et à n’importe quel moment, manier leur toile de coton écrue (les produits en toile  blanche semblent   venir de la Grande Terre ). L’aiguille suit le tracé décoratif (souvent symétrique, par économie et travail d’un spécialiste à qui appartient le sens artistique  d’invention et de création ou le répertoire de formes,) au crayon avec habileté. Des brides de fils sont lancés pour consolider les éléments décoratifs aux contours brodés au point de feston. La dernière opération consiste à évider l’extérieur  des motifs avec des petits ciseaux pointus. Cet artisanat s’étale sur le cours de Hell vers le port et dans les lieux touristiques. Nappes, rideaux délimitent des espaces d’exposition dans lesquels les brodeuses, le plus souvent assises à même le sol sur des nattes, poursuivent leur activité.

Ouverture commerciale probable.

 

A La Réunion, les jours dits de Cilaos ont fait l’objet d’un soutien actif du Commissariat à l’artisanat et d’une promotion touristique, économique indispensable à la survie de l’activité alors que la broderie de type Richelieu a pratiquement disparu dans l’indifférence, depuis les années 70, au profit de réalisations importées, sans faire l’objet d’ateliers ou de formations. Ce type de broderie découpée s’appliquait à des travaux de couture domestiques sur des napperons, des taies d’oreillers, des appuie-têtes et d’autres éléments décoratifs populaires.

Cette technique s’apparente aux pochoirs qui constituent un part importante de mes réalisations et permet de réaliser les jeux de lumière , de transparence entre les parties vides et pleines.

Les dessins que j’ai proposés ont apporté une ouverture curieuse dans le registre des motifs habituellement en cours. Les calques peuvent être utilisés libres de droits et le sont : des “connaisseurs” commandent des “toiles de zitte” version dentelle..

Certains « résélés » sont encadrés individuellement et en triptyques. L’effet est inconnu pour  les techniciennes. Leur travail obtient un statut décoratif non-utilitaire, devient ainsi davantage artistique.

Les formes humaines, à contre-jour, semblent flotter dans les espaces brodés dans les fenêtres  de textile fabriqué à Madagascar qui s’animent d’ âmes errantes, d’ offrandes aux ancêtres. Lambas bruts pour écriture de lumière, cinq grandes tentures sont fixées par des cordes, au centre de la salle de l’ancien théâtre municipal, siège de l’Alliance, Elles forment le quadrilatère ouvert d’un colombarium virtuel, une sorte de piège à esprits pour se souvenir encore.

Pour le chemin de croix, j’ai opté pour la broderie dite de Cilaos. Celle-ci constitue un losange de dentelle avec, au centre, une surface carrée dans laquelle s’inscrit la scène brodée au point lance de la scène illustrée. Une croix formée par des motifs realisés en fils rouges se retrouve  tout le long des seize stations. La réalisation du chemin de croix est dû à une commande de la DRAC pour l’église de Grand Ilet. Celle-ci, dédiée à Saint Martin est une des rares églises en bois qui n’ai pas été reconstruite en”murs”, à la suite des destructions cycloniques. Celle dont on connait l’architecture a été reconstruite en bois par Raymond Vergès, alors maire de Salazie, après qu’un violent cyclone ait démoli la précédente en 1932. L’église a été classée monument historique en 1992

L’utilisation de broderies correspond à ma demarche de me servir d’objets symboles de l’identité réunionnaise comme les pilons, les tapis-mendiants, le goni, les ti-bondiés…

 

Il est assez fréquent que je demande à des spécialistes de réaliser des pièces à partir de mes dessins pour décliner dans différents matériaux les personnages :

David Fleurié a découpé des personages dans la tôle pour élever des obélisques et des grilles.

Josiane Even, dans son atelier des Margouillats à l’Eperon met à ma disposition sa terre et ses pigments. Elle tourne des boules d’argile dans lesquelles je grave des motifs de corps, les découpe, les cuit, les émaille et les monte en lampes qui deviennent votives en projetant l’ombre des formes humaines.

Raoul Vergoz  exerce la menuiserie. Il se plie à mes demandes avec satisfaction. Avec François Orré, mes personnages entrent dans le numérique, les animations variées par ordinateur. Merci à tous les collaborateurs qui acceptant la sous-traitance de mes projets.

La Villa de La Région est un cadre prestigieux pour une programmation qui intègre l’art des artistes vivants de La Réunion. Elle constitue une vitrine exceptionnelle de la politique régionale en faveur de la culture pour les journées du patrimoine.

 

Site internet de l’exposition: http://ozima.kaloubadia.com

 

Mis à jour ( Mercredi, 20 Août 2008 09:39 )